Voilà plus d’un an que je n’avais pas remis un peu de jazz dans mes oreilles. Je me laisse parfois voguer à la découverte d’une rubrique, souvent chez mon fidèle Bandcamp et là je tombe sur Yazz Ahmed avec un titre d’album étrange : La Saboteuse. Par chance, j’avais mis le casque et je me suis laissé happé par un titre, me promettant d’écouter l’album plus tard. Plusieurs mois passent et je retente l’expérience, juste pour voir.

Car sans sombrer dans l’élitisme, il faut bien avouer que le jazz, ça ne s’écoute pas en faisant autre chose. Il y a bien des mélodies qui captivent mais il faut que le reste suive, il faut qu’il y ait du relief, du détail, de l’originalité. C’est un genre que j’ai un peu perdu de vue, c’est vrai, et j’aime le métissage de cette musique. En ce moment, je ne sais pas si c’est un hasard, mais il y a beaucoup d’inspiration orientale. Autre hasard, c’est encore de la trompette comme le Ibrahim Maalouf que j’avais chroniqué en 2016.

Mais je déteste les comparaisons. Yazz Ahmed est UNE trompetiste. Il y a assez peu de femmes dans le jazz, en dehors des chanteuses et c’est bien dommage. Cette musicienne nous vient de Bahrein, mais est de nationalité anglaise. Elle joue également du bugle. Mais ce qui interpelle c’est ce mélange de jazz, de musique arabe mais aussi d’acid jazz qui donne le coté psychédélique qui est revendiqué dans cet album. Celle qui a travaillé avec Radiohead, a réuni quelques pointures, comme Lewis Wright au vibraphone, Shabaka Hutchings à la clarinette basse ou encore Naadia Sheriff au fender rhodes.  Ce sont des sonorités qu’on oublie un peu trop souvent et qui sont ici mélées à des mélodies très originales. Il faut reconnaître que l’album n’a rien d’immédiat, à l’exception peut-être d’un titre comme « Jamil Jamal ». Quoiqu’avec une durée de 8 minutes ….

Que voulez vous, c’est ce groove discret, ces graves prenants, ces envolées de trompette, ces percussions et tous les détails de production qui m’embarquent. Là encore, seule une écoute au casque peut rendre justice au morceau. Il y a des intermèdes plus courts et des ambiances qui étourdissent comme ce « The Space between the fish and the moon ». Les passages au vibraphone y sont magnifiques et ça m’a donné envie de réécouter du Lionel Hampton!  Pourtant ça n’a rien à voir avec le maître de cet instrument. Ici, il y a d’infimes nuances, des subtilités qu’on distingue à peine et qui donnent envie de réécouter encore et encore, de fermer simplement les yeux et partir.

Ah, je n’ai rien dit non plus de la pochette, qui a aussi participé à l’envie. Je la trouve à la fois belle et fascinante. Elle donne aussi sa tonalité à un album plutôt inclassable. Alors bien sûr, c’est un instrumental et on peut considérer que le chant est apporté par la trompette de Yazz Ahmed. Même lorsque cela semble plus classique avec des cuivres en fond, il y a ce travail sur les percussions, cette touche arabisante. Sur « La Saboteuse », c’est un peu la quintessence de l’album avec les apports de chacun des musiciens, chacun des instruments qui viennent construire ce morceau de 7 minutes.

Alors c’est vrai qu’à coté des autres albums que j’ai abordés ici, ça détonne, ça n’est pas aussi facile d’accès. Mais pour qui veut vraiment un moment musical, un voyage par le son, c’est un incontournable. Moderne et classique à la fois, fusion et presque funky, c’est un petit plaisir que je ne regrette absolument pas pour me donner un peu de chaleur musicale cet hiver.

Désolé mais la vidéo ci dessous rend le son plus brutal qu’il n’est…

Publicités