Pour la petite histoire, je zappais sur ma télévision un soir quand je tombe sur une reprise de « t’en fais pas mon ptit loup » qui m’intrigue. C’est une chanteuse brésilienne dont j’apprendrais ensuite qu’elle s’appelle Flavia Coelho, qui reprend ça et je vois ensuite qu’un album hommage à Pierre Perret est sorti. Vu le casting, il fallait que je me jette dessus…

Car quand on a les Ogres de Barback, Didier Wampas ou le chanteur des Têtes raides et Olivia Ruiz, ça intrigue forcément. On est très loin de ces albums hommages très commerciaux qui sortent à tour de bras chez les majors. Et puis Pierre Perret, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, ce n’est pas que le gentil chanteur amusant et rêveur de « Ouvrez la cage aux oiseaux » ou « Les jolies colonies de vacances », deux chansons non reprises ici d’ailleurs. A 83 printemps, ça reste un chanteur à texte, un poète, quelqu’un qui s’engage avec des titres qui m’ont fait verser quelques larmes. Me voilà donc à chercher cette galette argentée ornée de sa trogne souriante.

Une fois n’est pas coutume, je vous la fais dans l’ordre et en intégrale car tous les titres ont besoin d’un petit commentaire. En effet, il y en a presque pour tous les goûts. Et en plus, je fais l’économie du rappel historique qui fait un peu chier tout le monde. Alors évidemment, ça commence par le maître et « Ma P’tite Julia ». Le titre est habilement réinventé avec l’apport de cette « tribu » et les Ogres qui sont aux manettes. On réécoute ces paroles avec François Morel (oui l’acteur) et malgré l’age, Pierrot arrive encore à nous émouvoir avec les mots. Puis viens la voix si reconnaissable de Magyd Cherfi qui nous raconte l’histoire de « Mimi la douce ». Le chanteur de Zebda avec sa voix  cassée rend un si bel hommage à cette femme, ce couple, raconte une histoire qui paraît à la fois d’un autre âge et pourtant sonne si actuelle. Ah, on cueillerait bien cette violette…

On reste dans les femmes, une constante chez Perret, avec Tryo, toujours à fond. C’est sautillant, cru, amusant et pourtant quand on entend ça, on se dit qu’on entend quasiment la même choses chez des duos actuels qui trustent les charts. C’est juste que ça a 38 ans… Olivia Ruiz, c’est bien aussi une artiste actuelle et elle est accompagnée de Mouss et Hakim (encore ex Zebda), et Lo Barrut pour dire qu’elle est de Castelsarrasin. Le tout prend parfois une tonalité plus rock alternatif et c’est diablement efficace. Un vrai bonheur à découvrir ou redécouvrir. Mais évidemment ça ne s’arrête pas puisque voilà la merveilleuse « Lily » interprétée par FéFé. L’ex Saian Suppa Crew se glisse avec bonheur dans ce costume, prouvant qu’un ex rappeur, ça sait chanter et émouvoir. Ca date de 1977 et pourtant les paroles semblent hélas encore actuelles. Rien que pour ces derniers titres, ça vaut l’achat.

Je ne connaissais pas Loïc Antoine. Mais évidemment, il est dans le giron des Ogres et de la Rue Ketanou. Ce qu’on appelait la nouvelle scène française… Enfin bon, c’est une voix, une présence et ça convient très bien à « Ma Nouvelle adresse ». On écoute…Je ne connaissais pas non plus Daniel Waro, chanteur Réunionnais mais je regrette car il apporte quelquechose à « L’oiseau dans l’allée ». Et que dire de Christian Olivier des Têtes raides, dont on se délecte sur « la Vivouza ».  Sa voixgrave et profonde met particulièrement en valeur ce très beau texte. Toujours dans les textes ciselés, il y a le chanteur kabyle Idir qui reprend « La Petite Kurde », un titre plus récent mais de 25 ans tout de même. Là encore, on ne peut que remarquer la pertinence des mots de l’auteur, très loin de l’amuseur public qu’on lui colle à la peau.

Cet album est une véritable redécouverte du répertoire mais aussi une découverte pour les artistes présents. Il y a, par exemple, Flavia Coelho, chanteuse brésilienne à la voix incroyable et qui revisite le très beau « Mon Ptit Loup », lui donnant une autre dimension. Après ça, il n’était pas facile pour Alexis HK de reprendre « Celui d’Alice ». C’est plus traditionnel avec une voix dans la lignée des chanteurs à texte mais pas inintéressant pour autant. Massilia Sound System se rappelle à nos souvenirs commençant par un sample de l’original de « Tonton Cristobal » mais c’est bien une « Révolution » scénique qui déboule entre reggae et hip-hop. De quoi faire sourire l’auditeur (et Pierre Perret) et se dire qu’un bon texte passe sur tout. On entre évidemment dans la veine plus « comique » de Pierre Perret. Et pour ça, on a le « Zizi » chanté ici par François Morel et Didier Wampas qui nous dynamite le truc à sa façon. Oui, Pierre Perret, c’est punk rock! Et ça donne l’occasion de comprendre le contexte de cette chanson de 1975 qui fit beaucoup pour l’éducation sexuelle. Il y a de quoi être plié de rire à chaque écoute.

Qu’il est touchant, Pierre Perret dans « Fillette le bonheur c’est toujours pour demain », un titre de 1994 qu’il chante avec quelques uns des chanteurs de cette troupe. Quel texte ! Quelle émotion…. Je ne m’en lasse toujours pas. Cela aurait pu terminer l’album mais il y a encore un quinzième titre : « Au café du canal.  » Il donne le titre de l’album, d’ailleurs. Ce titre de 2002 a un coté très nostalgique, et pourtant il réunit parfaitement tous ces beaux artistes. C’est comme un grand final et je devais donc terminer par ce clip.

C’est là qu’on remarque que j’ai oublié de citer d’autres chanteurs et groupes comme La Tordue, Moriarty…Voilà c’est déjà fini, se dit-on. Quel bel hommage! C’est à la fois inattendu, touchant et encore, il en manque, des titres majeurs de notre chanteur. C’est dire à quel point il a marqué la chanson française, qui pourtant avait tendance à l’oublier ces dernières années. Si sa voix est aujourd’hui plus fragile et l’a éloigné des scènes, ce n’est pas une raison pour bouder ce plaisir des retrouvailles, à travers ce bel album. Les grands sont éternels.

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