kari-ann-outtake-4Parmi les grands noms du rock anglais des seventies, figure Roxy Music. Un groupe qui marqua la musique par son inventivité à travers deux personnalités : Brian Ferry et Brian Eno.

Nous sommes en 1968 et Brian Ferry vient de s’installer à Londres. A 23 ans, il est passionné d’art, de céramique, fan de Warhol…et de musique. Il a été membre d’un petit groupe durant ses études à Sunderland mais souhaite continuer dans ce créneau. En 1970, il finit par postuler comme chanteur dans King Crimson, mais Robert Fripp le refuse et l’oriente vers la firme EG Records. C’est la rencontre (après auditions) avec Phil Manzanera, Brian Eno et Andy MacKay qui crée le groupe, auquel s’ajoute momentanément son vieil ami Graham Simpson (à la basse). Ce quatuor restera la première ossature du groupe. Ferry est au chant, Manzanera à la guitare, Eno aux synthétiseurs et McKay au saxophone et hautbois, bien qu’il soit lui aussi clavieriste (ce qui le rapprocha de Eno). David O’List de The Nice sera l’éphémère guitariste du groupe. Avec le support d’un journaliste du journal Melody Maker et d’un diffuseur de la BBC, impressionnés par la personnalité de Ferry, il n’en fallait pas plus pour que le groupe soit lancé en 1971. Peter Sinfield (de King Crimson) est le producteur des premiers titres du groupe qui enregistre à Londres. Le nom de l’album sera, comme souvent, le nom du groupe : Roxy Music

 Le nom avait été choisi comme un hommage aux cinémas du passé, et la pochette est à l’avenant avec la mannequin (et épouse du frère de Mick Jagger, Kari-Ann Muller). Et c’est justement cette impression rétro décadente qui prend d’entrée dans « Re-Make/Re-Model » et son bruit de salle de bar puis un son à la fois saturé et distordu, jusque dans la voix de Ferry. Le jeu de saxophone sur fond de guitare saturé semble incongru mais répond aux expérimentations d’Eno aux claviers. On sait qu’on aura un rock futuriste et baroque qui monte déjà crescendo. Et justement, on a cette impression de flotter dans l’espace avec le magnifique « Ladytron ». Le synthétiseur VCS3  d’Eno fait des merveilles. Et pourtant c’est bien une chanson de crooner qui prend la suite sur une curieuse rythmique de cavalcade puis un solo très rock. L’eclectisme sera donc de mise dans cet album! Le coté rétro reste omniprésent dans « If there is something » malgré encore des soli très rock et un vibrato très caractéristique dans la voix de Ferry.

Initialement, « Virginia Plain » n’était pas dans le premier pressage, sortant en single. Mais comme il a été intégré au pressage américain ensuite, on le considère comme faisant partie de cette album. C’est le premier hit du groupe, en plus et malgré ce son parfois strident pour des oreilles actuelles, il y a toujours quelque chose de fascinant dans ce titre, dans cet enchevêtrement de sons, ces ruptures rythmiques. Et on se laisse bercer dans cette bulle de douceur cosmique qu’est « 2 H.B. » (HB pour Humphrey Bogart). Coté cosmique, on a ce qu’il faut avec ‘The Bob « Medley » même si on se retrouve plongé dans la bataille d’Angleterre (Battle of Britain). On comprend l’enchainement avec « Chance Meeting » qui utilise encore des sons de synthés distordus. On est ici proche de la musique expérimentale mais la progression reste cohérente dans l’album. L’imagination des 2 Brian semble sans limite, puisqu’on revient à du classique rock 50s dans « Would you Believe ». Et c’est la rythmique de la batterie qui se fait syncopée dans ‘Sea Breezes », répondant aux distorsions désordonnées de la guitare. On termine pourtant par un très crooner « Bitters end » au son 50s.

Si aujourd’hui le son paraît daté, il faut reconnaître l’avant-gardisme et le génie de sortir un tel disque à l’époque. Je me souviens encore aujourd’hui de ma première écoute, bien des années plus tard, qui m’avait d’abord laissé sans voix. Et il faut bien plusieurs sessions avant d’appréhender cette oeuvre. Roxy Music dans cette formation, aura une carrière météorique. Eno quitte le groupe en 1973 après deux albums et on connaît sa carrière solo faite d’expériences et de productions pour les plus grands. Ferry devient le seul maître à bord, désormais et cela se ressentira de plus en plus dans le style, avec l’apport d’Eddie Jobson pour remplacer Eno. Les albums restent hautement recommandables en 73 et 74. Ferry se disperse, se grise de son succès et sort un album solo. Si le succès ne se dément pas dans les années 80, il ne reste que McKay et Manzanera autour de Ferry et le groupe devient plus consensuel. « Avalon » sera un autre sommet de leur carrière, montrant à la fois le talent d’interprète de Ferry, tout autant que celui de mélodiste génial. Séparés en 1983, ils reviennent dans les années 2000, sans Eno. Il participera tout de même à quelques enregistrements de nouveaux titres. Mais il faut bien avouer qu’aujourd’hui, le groupe reste la créature de Brian Ferry. Reste une carrière sans pareil, dont le premier album reste la meilleure introduction.

Iceman

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