lenormanChanteur sous-estimé, Gérard Lenorman n’en a pas moins une très longue carrière parsemée de tubes intemporels. Il tenta en 2011 de les remettre au goût du jour à travers des duos.

Mais revenons d’abord quelques décénies en arrière…Enfant illégitime d’un soldat allemand, né en 1945, il souffrira de cette enfance sans amour (il le dit dans sa biographie)…Il apprendra que son père était lui même musicien, bien plus tard. Mais il eut la vocation très tôt, composant une première chanson (le Vagabond) à 12 ans, dit la légende, mais mettra du temps à percer après la galère des petits orchestres et de l’usine. A 23 ans, il est proche des « yéyés » Sylvie Vartan, Johnny Halliday et compose même pour une certaine Brigitte Bardot. Mais en temps que soliste, sa carrière ne décolle pas, avant qu’il ne remplace Julien Clerc dans Hair. Il a maintenant suffisamment de compositions pour chanter à l’Olympia en 1970 et être signé chez CBS en 71. Si ses premiers succès sont des compositions personnelles, son hit majeur date de 1974 sur un texte de Pierre Delanoë : La Ballade des Gens Heureux. Les années 70 et le début des années 80 seront des années fastes pour lui. Il est le chanteur romantique par excellence, avec des textes jugés parfois naifs, mais très en phase avec les rêves et idéaux de son époque. Hélas, les années 80 puis 90 sonneront le glas de cet idéalisme. Il tentera vainement de changer son image, par des textes plus acides, mais finalement, le temps fera son oeuvre par la nostalgie et le respect qui lui est dû. Voilà qui l’amène naturellement à refouler les grandes scènes de l’Hexagone. Il a pu parler des douleurs de son passé à l’écrit et semble en plein renouveau lorsque sort cet album de duos.

Dès le premier titre, « Si Tu N’me Laisses Pas Tomber », face à Florent Pagny, on est surpris par la qualité du texte, tout autant que par la voix de Lenorman qui soutient la comparaison par ses nuances et son grain. La puissance n’est parfois pas l’amie du chanteur. Delanoë a fait un excellent travail sur ce titre de 1974, devenu un classique. Il est certes moins joyeux que l’image du Lenorman de l’époque. C’est cette image qu’on retrouve dans « Voici les Clés » avec la pimpante Tina Arena, titre datant de 1976. L’accent de la chanteuse australienne et sa voix s’allient parfaitement aux cuivres qui datent pourtant le morceau. On ressent de la nostalgie, justement, dans le très beau « Michèle », un registre qu’affectionne le chanteur. Le choix de Grégoire est finalement intelligent, tant ce chanteur semble surfer lui aussi sur ce registre, avec pourtant bien moins de talent. Ce sont Didier Barbelivien et Michel Cywie qui en sont les auteurs. Ce duo d’auteur est aussi sur… Choix aussi intelligent de mettre Zaz sur la Ballade des Gens Heureux de Delanoë qui date de 1975. Cette fois, le titre semble totalement intemporel avec un arrangement jazzy qui retranscrit ce bonheur de duo.

On revient en 1972 pour « Le Petit Prince » des frères Richard et Daniel Seff (qu’on connait avec Francis Cabrel). Cette ballade folkeuse convient parfaitement à Roch Voisine qui a tout autant de talent dans les nuances et l’intensité que notre Gérard National. Il est plus original d’ententre « Si j’étais Président » en version Gypsy avec Chico & the Gypsies. Cela remet finalement le titre totalement au goût du jour, la voix de Lenorman étant plus dansante que sur l’original. Le titre n’est pas si léger que cela avec le talent de Pierre Delanoë. Mais après ce moment joyeux, on revient vers plus de pathos et il fallait bien Maurane pour rendre se moment inoubliable. « De Toi » date de 1972 encore avec les frères Seff. Le timbre de Lenorman est plus discret mais il compense par une intensité et une fragilité d’une efficacité redoutable. On reste sur ce même album avec « Les Matins d’Hiver » en duo avec Patrick Fiori. Cette chanson est un classique et diffuse encore une bonne dose de nostalgie. Là encore, le talent de Fiori n’arrive pas à faire oublier que le maître, c’est Gérard Lenorman. Toujours sur cet album « Les Matins d’Hiver », il y avait « Il » qui est remis en lumière par ce duo avec Anggun. C’est ici un joli travail d’harmonie, domaine où la chanteuse indonésienne est particulièrement talentueuse. Un duo bien sympathique sur un texte injustement oublié de Guy Skornik. On reste un peu plus circonspect sur le choix de Stanislas sur « Le Funambule » qui donne une impression de Calogero du pauvre. Le titre date de 75 et est composé par Claude Lemesle. Le creux de l’album se confirme avec le duo avec Joyce Jonathan, dont l’arrangement oriental plutôt intéressant méritait une autre interprète. Il suffit juste d’attendre 1minute 20 pour entendre la différence.

Le compteur reste décidément bloqué en 1972 et on s’ennuie ferme avec Shy’m pour un titre qui a besoin d’une voix, d’un timbre et de nuances pour trouver sa plénitude. « Les Jours Heureux » des frères Seff auraient mérité aussi un arrangement moins ringard. C’est là qu’on ne comprend pas pourquoi il n’y a aucun titre de la période de collaboration avec Nicolas Peyrac. Il faut dire que Peyrac essayait aussi de se relancer à ce même moment compilation et …duos. Sur cette fin décevante, on espère quand même mieux du duo avec Amaury Vassili sur « Et moi je chante ». On pouvait craindre que la puissance ne l’emporte sur le feeling mais ça passe bien. Le plus gros regret est finalement que cette compilation qui n’en a pas le nom oublie beaucoup trop de périodes de ce chanteur. Cela aurait justement été l’occasion de redécouvrir sa période 76-80 où il essayait de sortir de son image romantique. Il montre tout de même ici que son succès n’est pas un hasard et qu’encore aujourd’hui, il conserve un talent inestimable.

Iceman

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