S’il y a un incontournable en matière de heavy metal, c’est bien le groupe pionnier du genre. Bien que certains groupes de rock ‘n’ roll (y compris les Rolling Stones et les Beatles) aient inclus quelques références au Diable dans leurs paroles ou sur leurs pochettes d’albums, Black Sabbath s’est nettement démarqué de ses contemporains en incorporant directement ce côté démoniaque dans son style musical.

Dès 1970 et après un premier album éponyme, Black Sabbath a enfoncé le clou et signé avec Paranoid ce qui allait rester jusqu’à nos jours un des plus grands albums de heavy metal.

De nombreux éléments viennent prouver l’influence incontestable de cet album (et des quelques suivants). Par exemple, le nom de Black Sabbath est aujourd’hui souvent associé à celui de son premier chanteur, Ozzy Osbourne. Celui-ci a pourtant passé moins d’une décennie au sein du groupe avant d’entamer une carrière solo tout aussi reconnue (dès 1980, Blizzard of Ozz et son tube Crazy Train deviendront des classiques du heavy metal).

Outre la voix particulière d’Osbourne, c’est pourtant le guitariste Tony Iommi qui a réellement influencé le style du groupe. Ayant perdu un doigt sous une presse lorsqu’il travaillait comme ouvrier métallurgiste, Iommi a dû apprendre à jouer en accordant spécialement sa guitare électrique. Ajouté à une adolescence pénible passée dans Birmingham (quartier Aston), ce « détail » a donné au jeu d’Iommi une tonalité particulièrement sombre, donc très différente de ce que jouaient généralement les groupes de l’époque. La sensibilité spéciale d’Iommi a rejailli sur ses camarades et le groupe est passé du blues à… Black Sabbath, dont les premiers albums témoignent largement de cette origine.

« Je suis arrivé avec une sorte de musique qui s’est trouvée plaire à tout le monde », a récemment déclaré le guitariste. « Quand on jouait, nos poils se hérissaient, on adorait ce qu’on faisait. » Pas étonnant, car Iommi écrivait alors les premiers véritables riffs du heavy metal, incroyablement lourds et sombres pour l’époque. Loin des mélodies aériennes et virtuoses développées à l’époque par Led Zeppelin et Deep Purple (qui étaient quant à eux les pionniers du hard rock), Tony Iommi enchaînait les riffs à la fois plus simples et beaucoup plus ravageurs. A eux seuls, ceux-ci définissaient presque entièrement Black Sabbath.

Une autre spécialité de Black Sabbath est la variété des compositions. Paranoid s’ouvre ainsi avec un chef-d’oeuvre de pratiquement huit minutes, War Pigs (qui devait être le titre de l’album avant l’intervention du producteur). Véritable brûlot anti-guerre, War Pigs s’oppose à la guerre du Vietnam et prédit que l’état-major et les dirigeants américains seront punis lors du Jugement Dernier. Après une introduction grave où les sirènes rappellent douloureusement les bombardements de la seconde guerre mondiale, Black Sabbath installe une ambiance feutrée typique du blues. Cet environnement intimiste est l’une des particularités qui font des premiers albums de Black Sabbath des oeuvres légendaires. De plus, les premiers couplets de cette chanson sont directement inspirés du gospel, ce qui introduit une comparaison entre les GI’s et les esclaves noirs américains d’autrefois. La chanson suivante, Paranoid, dure moins de trois minutes et est beaucoup plus rythmée que War Pigs. On y trouve le premier exemple de voix trafiquée, principe assez utilisé dans cet album (au point que la voix est pratiquement inaudible dans le titre suivant, Planet Caravan).

Le thème du personnage marginal et misanthrope développé dans « Paranoid » est assez cher à Black Sabbath. On le retrouve dans le même album avec Iron Man, l’une des plus grandes chansons du groupe. L’impression d’intimité ne se dément pas tout au long de l’album, on a l’impression d’écouter du jazz où la trompette serait remplacée par une guitare électrique. Ozzy Osbourne joue de son timbre pour imprégner plus d’émotion aux chansons, tandis que Tony Iommi et le batteur Billy Ward alternent les mélodies rythmées et les passages plus calmes.

On trouve donc dans Paranoid la plupart des ingrédients formant le heavy metal. Mis à part le jeu corrosif et grave de Tony Iommi, on y trouve des paroles qui explorent le côté sombre de chaque sujet abordé. Cela n’empêche pas Black Sabbath d’écrire des chansons aux styles très variés. Mieux : chacune semble avoir une âme. Par exemple, Iron Man est la plus « classique » par rapport à ce qu’on entend aujourd’hui. Electric Funeral se distingue par l’utilisation de wah-wah et d’échos, Planet Caravan par sa voix d’outre-tombe, War Pigs par sa longueur et son traitement provocant du thème de la guerre.

Black Sabbath sème également de nombreuses références religieuses, les membres du groupe étant très croyants. Leurs paroles sont un message de crainte envers Satan. Mal interprétées, elles contribueront à la légende du groupe.

4sDePique

Membres : Ozzy Osbourne, Tony Iommi, Geezer Butler, Bill Ward

1. War Pigs/Luke’s Wall 2. Paranoid 3. Planet Caravan 4. Iron Man 5. Electric Funeral 6. Hand Of Doom 7. Rat Salad 8. Jack The Stripper/Fairies Wear Boots

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